(…) l’art et la littérature modernes se sont développés de manière autonome, sans visée religieuse ou politique, en s’interdisant même l’image et la fiction. Ainsi ont-ils perdu leur relation avec le public et n’ont-ils plus constitué d’événement collectif.
(...)
Image, action (fiction), émotion : voilà la trinité cinématographique. Il y a certes aussi un quatrième terme, la pensée. Elle devrait en principe être au service des trois autres et de leur élaboration, car autrement elle deviendrait un néant perturbateur, avec un effet dévastateur sur l’émotion, l’action-fiction et l’image dans leur présence et leur immédiateté cinématographiques. C’est ce qui s’est produit avec le cinéma moderne (de Welles au dernier Godard), qui a ainsi rejoint l’art et littérature modernes, au risque de perdre, lui aussi, toute fonction collective. Mais sans la pensée du contenu, du matériau et des formes, l’image, la fiction et l’émotion ne sont pas sublimés. Elles n’accèdent pas à la dimension cathartique créatrice de l’œuvre d’art. elles activent seulement l’imaginaire, source de rêve et de prodige, avec ses affects, de peur, de souffrance et de plaisir, qui font la toute-puissance du cinéma.
Y.I., Le Cinéma
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