dimanche 17 décembre 2006

J’ai le goût du risque. Je ne suis pas un homme de cabinet. Jamais je n’ai su résister à l’appel de l’inconnu. Ecrire est la chose la plus contraire à mon tempérament et je souffre comme un damné de rester enfermé entre quatre murs et de noircir du papier quand, dehors, la vie grouille, que j’entends la trompe des autos sur la route, le sifflet des locomotives, la sirène des paquebots, le ronronnement des moteurs d’avion et que je pense à des villes exotiques pleines de boutiques épatantes, à des pays perdus que je ne connais pas encore, à toutes les femmes que je pourrai rencontrer et avec qui je perdrais volontiers mon temps, aux hommes qui m’attendent peut-être, prêts à m’expliquer leur activité et à me faire gagner des tas, des tas d’argent.

Non vraiment, écrire c’est peut-être abdiquer. Et c’est pourquoi si la vie que je mène paraît à mes amis (qui m’ont fait une légende !) une des plus désordonnées qui soient, elle obéit néanmoins à une ligne de conduite qui est justement cet entraînement contre lequel je ne me défends pas et que je ne me lasse pas de subir de la part de l’imprévu : visite, lettre, câble, coup de téléphone, rencontre, qui m’arrachent à mes écritures.

B.C., La Vie Dangereuse, « La Femme Aimée »

mardi 5 décembre 2006

dimanche 3 décembre 2006













Artémis

La treizième revient… C’est encor la première ;

Et c’est toujours la seule, - ou c’est le seul moment ;

Car es-tu Reine, ô Toi ! la première ou dernière ?

Es-tu Roi, toi le seul et le dernier amant ? …


Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;

Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement ;

C’est la Mort – ou la Morte… O délices ! O tourments !

La rose qu’elle tient, c’est la rose trémière.


Sainte napolitaine aux mains pleines de feux

Rose au cœur violet, fleur de Sainte Gudule :

As-tu trouvé ta croix dans le désert des Cieux ?


Roses blanches, tombez ! vous insultez nos Dieux,

Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :

- La Sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !


G. de N.

samedi 2 décembre 2006

vendredi 1 décembre 2006

(…) l’art et la littérature modernes se sont développés de manière autonome, sans visée religieuse ou politique, en s’interdisant même l’image et la fiction. Ainsi ont-ils perdu leur relation avec le public et n’ont-ils plus constitué d’événement collectif.

(...)

Image, action (fiction), émotion : voilà la trinité cinématographique. Il y a certes aussi un quatrième terme, la pensée. Elle devrait en principe être au service des trois autres et de leur élaboration, car autrement elle deviendrait un néant perturbateur, avec un effet dévastateur sur l’émotion, l’action-fiction et l’image dans leur présence et leur immédiateté cinématographiques. C’est ce qui s’est produit avec le cinéma moderne (de Welles au dernier Godard), qui a ainsi rejoint l’art et littérature modernes, au risque de perdre, lui aussi, toute fonction collective. Mais sans la pensée du contenu, du matériau et des formes, l’image, la fiction et l’émotion ne sont pas sublimés. Elles n’accèdent pas à la dimension cathartique créatrice de l’œuvre d’art. elles activent seulement l’imaginaire, source de rêve et de prodige, avec ses affects, de peur, de souffrance et de plaisir, qui font la toute-puissance du cinéma.

Y.I., Le Cinéma